Celui qui aurait du se nommer Resident Evil 6 (Capcom l’ayant confessé il y a quelques jours de cela…) semble avoir prêché autant que possible le retour aux sources de la série. Alors, tirer sur la corde de la nostalgie, tout en se permettant de s’appuyer sur des mécanismes de jeu quelque peu datés, est-ce un choix judicieux en ce début d’année 2012 ?


Un melting-pot générationnel

Disponible depuis quelques jours sur l’eShop de la 3DS, la démo jouable de Resident Evil : Revelations aura eu le mérite de faire réagir. Mais aussi de soulever des questions, pour ne pas dire des inquiétudes, émanant plus particulièrement de cette frange de gamers n’ayant découvert la série que récemment. Qu’on se le dise : Resident Evil : Revelations n’a rien à voir avec Resident Evil 4, ni avec sa suite indirecte (l’épisode 5, vous suivez ?), ni avec le futur Resident Evil : Raccoon City (orienté multi). Non, cet épisode exclusif à la 3DS de Nintendo semble avoir puisé son inspiration du côté des premiers épisodes de la série, de RE premier du nom au 3ème opus aux idées largement plus fragiles, en passant par ce Code : Veronica qui aura scotché tout le monde lors de sa sortie sur Dreamcast. Voyez donc Resident Evil : Revelations comme un melting-pot, un mélange des genres, s’appuyant sur un rythme de jeu haché, où la peur est suggérée, et où les ennemis se planquent pour mieux vous surprendre. Enfin, vous verrez tout de même que les choses ont tendance à être légèrement différentes dans la pratique. Mais avant de nous attaquer au cœur du jeu, balayons rapidement la question du scénario. Rassurez-vous : ça ne prendra pas bien longtemps. Aux commandes de Jill Valentine, de Chris Redfiled, voir de personnages annexes dont on ne vous dira rien pour ne pas vous spoiler, vous allez devoir, entre autre, évoluer dans un bateau en proie à un méchant virus, diffusé par une vilaine organisation. On ne s’étalera pas plus sur ce point. Car comme avec chaque volet de Resident Evil, ou presque, la trame se base une fois encore sur le schéma sans doute un peu trop classique en 2012 du « Entreprise démoniaque, avide de pouvoir et dirigée par un grand malade souhaiterait déployer virus mortel pour éradiquer population. Héros demandés pour faire capoter les plans. Please RT. » Le trait est volontairement grossi, mais en toute honnêteté, si la sauce arrivait parfois à prendre dans les épisodes précédents de la série, au point de nous faire nous questionner sur les motivations de tel où tel protagoniste après des heures de jeu, dans Resident Evil : Revelations, la donne est vraiment différente, pour ne pas dire décevante. La trame étant menée comme une espèce de téléfilm de série B qui serait diffusé un dimanche après midi sur une chaîne de la TNT. Les différentes acteurs du jeu sont transparents comme du verre, et il n’est pas bien compliqué de mettre le jeu à nu. Pour l’effet de surprise, et pour les rebondissements inattendus, vous repasserez. Et pour ne rien arranger, certains ont eu la brillante idée de vouloir doubler les dialogues du jeu en Français. Prestation digne de l’Actor Studio, ces doublages pourront fort heureusement être échangés contre une bonne vieille V.O, déjà bien plus probante, pour peu que vous vous décidiez à mettre le nez dans les menus du jeu. Mais même si les doublages originaux sont bien plus percutants, on vous avouera qu’on ne comprend toujours pas pourquoi Capcom a mis au placard l’étape de lip sync. Rares sont les moments où les personnages daigneront bouger les lèvres lorsqu’ils parlent. A croire qu’on est tombé sur un nid de ventriloques.

Et elle le range où, son scanner ?

Ô mon bateau !

Et là vous allez me dire : il reste un cratère ça commence mal. Effectivement, le constat dépeint du jeu jusqu’ici n’est pas très reluisant, et ne donne pas franchement envie de retrouver le duo Jill et Chris comme on retrouverait de vieux potes une fois tous les deux ou trois ans. Pourtant, Resident Evil : Revelations dispose d’un petit côté old-school, pour ne pas dire kitsch sur les bords, qui lui confère un charme certain. Si côté ambiance, c’est rapé (rien ne remplacera le cadre flippant à souhaits d’un Raccoon City ravagé, et certainement pas un bête bateau…), il faut bien dire que la volonté des développeurs de cet épisode à faire passer l’effet de surprise au premier plan et de faire peur avant celle d’offrir des gunfights incessants séduit. Confiné dans des pièces, des couloirs, jamais bien larges (en tout cas, pas assez larges pour laisser passer un monstre et votre perso !), vous aller retrouver un cheminement bien connu : celui des aller-retour entre les pièces, théâtralisés par l’arrivée d’évènements plus ou moins bien menés. Par exemple, débarqué dans un nouvel espace, vous allez devoir dans un premier temps passer les lieux au peigne fin, avant de vous voir bloqué par une porte demandant une clé avec telle emblème sur son anneau. Classique. Dommage, les énigmes sont cette fois très simples, et il faudrait vraiment le faire exprès pour rester bloqué comme un rond de flan devant une porte. On aurait aimé que l’équipe en charge de développer le jeu mette un peu plus à profit l’écran tactile de la 3DS pour développer des casses-têtes plus élaborés. Voir, plus simplement, de jouer sur les effets de profondeur, grâce à la 3D, qui n’apportera finalement pas grand chose au produit. Et d’ailleurs, concernant cette dernière, sachez que si elle demeure dépaysante, elle ne se révèle pas franchement indispensable. A voir de voir : une fois l’effet 3D activé, vous perdrez un peu en qualité graphique pure, les textures 3Difiées étant plus brutes, et un peu moins agréables à l’oeil. Globalement, c’est donc du déjà vu qui attend les amoureux de la série, mais qui fonctionne, qu’importe ce qu’on pourra en dire. Car globalement, ce Resident Evil : Revelations est attachant. Il faut dire aussi qu’il caresse les joueurs de la vieille école dans le sens du poil, avec ses nombreux hommages aux premières heures de la série.

Un FPS de plus ? Non, Resident Evil : Revelations.

« I hope this isn’t Chris’s blood ! »

Si les joueurs old-school ne seront pas choqués outre mesure de la prise en main, les plus jeunes devraient par contre tiquer sur certains points. Concernant le gameplay, sachez que vous allez devoir vous frotter à des mécanismes un peu vieillots. Pardon ? Avancer et tirer en même temps ? Oui, c’est possible à condition d’aller trifouiller dans les menus du jeu, et d’aller activer la fonction gyroscope. Comprenez : vous allez devoir diriger votre console dans tel ou tel sens pour faire avancer votre personnage, alors en train de vider son chargeur sur un monstre. On a connu plus simple. Aussi, de base, le jeu vous proposera de vous dépatouiller d’une visée « à la FPS ». Fort heureusement, un petit tour dans les menus (c’est toujours le même rituel) vous permettra de passer à une vue plus classique, par dessus l’épaule. Et puis, sur la question des combats maintenant, notons que les rouages des anciens volets de la saga ont pour la plupart été repris. Les ennemis les plus faibles devront ainsi être gardés à distance (visez les jambes et la tête en priorité!), tandis que les monstres les plus coriaces ne pourront être vaincus qu’en tirant parti d’une stratégie bien connue des joueurs de la première heure. Allez, on en dira pas plus sur le sujet. Sachez simplement qu’on avance une fois de plus ici en terrain conquis, et que révolutionner le genre n’a pas été la première préoccupation des développeurs du jeu. Pourtant, cet épisode dispose de quelques nouveautés. A commencer par l’arrivée d’un scanner qui va vous pousser à passer chaque pièce, chaque endroit au peigne fin, afin de localiser des objets impossible à distinguer de prime abord. Concrètement, cette manipulation, rapidement répetitive, va vous permettre de faire grimper votre stock de munitions en moins de 2. Une idée perçue comme originale dans un premier temps, mais qui s’éreinte sur le long terme, pour venir briser le rythme de jeu. Si en mode Facile, on peut facilement se passer de ses services, sachez qu’il deviendra par contre votre meilleur ami lorsque vous vous déciderez à faire monter d’un cran le challenge.

Aussi, Resident Evil : Revelations, s’il ne s’inspire pas outre-mesure de Resident Evil 0 (un épisode véritablement à part…), nous pousse à évoluer à 90% du temps en duo. De quoi amenuir l’effet de peur, mais le fait de disposer d’un appui constat face aux ennemis demeure un véritable plus non négligeable. Surtout lorsque l’on part du principe que ces derniers ont hérité d’une I.A bancale, vraiment trop prévisible pour être honnête. Remarquez, dans un sens, vos compagnons ne sont pas non plus des lumières. Un partout, balle au centre ? On dirait bien. Sur la question de l’utilisation de l’écran tactile maintenant, on saluera les efforts fait : cet écran étant à la fois utilisé pour vous permettre de gérer votre inventaire (et de switcher d’arme en moins de deux), et de consulter votre avancée sur la carte. Malheureusement, la carte est assez mal exploitée, et on aurait aimé pouvoir l’annoter, comme dans un Zelda par exemple. Sa modélisation 3D étant peu pratique, on a parfois du mal à se situer. Enfin, pour boucler la question des nouveautés, et ce test dans le même temps, soulignons le fait que Capcom se soit décidé à jeter la plupart des plantes de soin de la série… aux orties (ah, ah…) Exit les plantes rouges ou bleues, de même que les spray de soin. Dans ce Resident Evil : Revelations seules les plantes vertes ont droit de citer, et leur utilisation se fait d’ailleurs d’une manière simple : en pressant une touche de votre console. Et puis, si les célèbres coffres sont présents, ils ne permettent simplement que de customiser et d’améliorer votre arsenal grâce aux kits que vous trouverez au gré de vos pérégrinations. Du changement dans la continuité ? Pour sur.

Par contre, je bouclerai ce test en soulignant qu’il a été réalisé sans Circle Pad Pro. Du coup, impossible de juger sa prise en main, de savoir s’il s’impose où s’il est à classer dans la rubrique des gadgets qui n’auraient jamais dû voir le jour (même si j’aurais déjà tendance à le classer dans cette dernière catégorie, à titre personnel). Sachez donc que sans lui, on se voit obligé de diriger la caméra manuellement, en utilisant l’écran tactile de la 3DS pour orienter le regard de son personnage. Peu pratique, mais pas indispensable non plus, la caméra automatique étant généralement réactive, elle permet de suivre l’action sans heurts.

Sans vraiment décevoir, Resident Evil : Revelations ne se révèle pas être cette machine de guerre qui aurait pu épauler la 3DS en ce début d’année. Piochant des bonnes idées au sein des précédents volets de la saga Resident Evil, il tente timidement d’innover, tout en demeurant accroché à un gameplay désormais vétuste, qui le handicape. Son scénario bancal ne l’aide pas non plus à briller, et l’empêche d’ailleurs de se hisser dans le haut du panier. Un bon jeu, c’est indéniable, mais qui aurait sans doute du jouer la carte de l’innovation s’il avait voulu s’imposer comme un incontournable. Sa durée de vie plus que raisonnable (comptez 10 bonnes heures, sans parler des bonus qui vous attendent une fois le soft bouclé) demeurant sans doute comme l’un de ses points forts, traduisant tout de même d’une volonté de bien faire de la part de Capcom. Alors non, Resident Evil : Revelations, malgré la déception imprégnant ce test, n’est pas un mauvais jeu, loin de là. Mais voilà, à titre personnel, j’en attendait bien plus d’un épisode qui avait à l’origine toutes les chances de prendre la suite de Resident Evil 5. En avait-il vraiment la carrure ? Là est la question.

Le verdict ?


Que signifie cette pastille ?