Après avoir ébloui en 2009 avec le titre Flower, le studio Thatgamecompany revient à la charge avec un nouveau jeu poétique sous le signe du voyage. À son lancement, Journey devenait le jeu qui, jusqu’à présent, s’est vendu le plus vite sur le PSN. Un engouement qui, pour certains, annonce un jeu merveilleux, mais qui pour d’autres résonne comme un lancement « trop beau pour être vrai ».

Dépaysement destabilisant

Pour profiter pleinement de Journey et rentrer dans l’ambiance, il faut oublier tous les pilliers du jeux vidéo : du scoring à la stamina en passant par les skills, Journey ne fait aucunement référence à ces éléments ancrés depuis longtemps dans nos cervelles de gamers.

Quand on se retrouve seul au beau milieu de ce magnifique désert, on comprend tout de suite qu’il est inutile de chercher midi à quatorze heures. Sans pour autant se vanter d’être un parfait exemple du jeu vidéo qui a pour but premier de divertir, Journey est parvenu à vider mon esprit. La quasi-totale absence d’indication laisse libre cours à notre curiosité, fortement suscitée par d’étranges créatures en lambeaux de tissu qui permettent de réaliser de somptueux bons. Le saut n’est donc pas une compétence acquise, mais qui s’obtient grâce à ces bestioles pleines de poésie dans leurs mouvements. D’autres morceaux de textiles sans âmes pourront également vous attribuer le privilège de sauter avec la touche croix.
A part vos déplacements qui s’effectuent comme dans n’importe quel autre jeu (c’est à dire à l’aide de votre stick gauche que vous avez l’habitude de tâter), la touche rond permet d’activer à court terme un pouvoir qui vous sera utile pour remettre d’aplomb certaines des créatures. Et le dernier contrôle à part la touche pause sera la manette en elle-même, que vous pourrez incliner pour faire bouger la caméra (ce qui est également possible de réaliser avec le stick droit). Si le gameplay est totalement basique et dépourvu de complexité, il n’est pas pour autant pauvre. Car, comme son nom l’indique, Journey est avant-tout un voyage, et non un jeu basé sur le scoring.
Bon, je vous l’accorde, ça n’est pas forcément facile à intégrer quand on est adepte de jeu bourrin qui demande de tapoter sur un bouton en continu. La première prise en main est donc étrange, mais le gameplay est à l’image du jeu : il est léger. Si le parti-pris se tient tout a fait et est en parfaite cohérence avec l’esprit de ce jeu concept, il ne conviendra pas à tout le monde de ne faire que de se balader dans un monde aux paysages intrigants.
Vous serez également interpelés par la présence d’un être semblable à vous-même. Si vous ne pourrez pas réaliser grand chose (pour ne pas dire « rien ») à deux, vous aurez tout de même la possibilité d’être accompagné à certains moments par d’autres joueurs, qui seront tout autant éblouis que vous par les environs. Pas de possibilité de communiquer, à part faire une petite démonstration de votre pouvoir avec la touche rond. Un concept plutôt étrange, mais qui renforce le parti-pris du jeu : la découverte.

Car en réalité, ce qui donne envie de continuer ce voyage, ça n’est pas le gameplay. Mais bel et bien cette découverte d’endroits étonnants et adroitement conceptualisés. Et si les contrôles, qui peuvent être qualifiés de minimalistes, ne donneront pas envie de poursuivre l’aventure romantique, l’univers et l’ambiance donnent envie d’en apprendre plus.

Pélerinage à vitesse grand V

À l’unanimité, Journey est un parfait régal pour les yeux en manque de paysages étrangers. Mais l’univers du jeu est également basé sur une histoire, dont tous les mécanismes sont carrément flous. Encore une fois, il faudra faire une croix sur nos habitudes de gamer. Car le contexte est semblable aux dunes de sable : c’est à dire vague…

Pas d’introduction particulière lorsque vous débarquez dans le jeu. C’est l’incompréhension totale, mais on capte finalement très vite que le but d’un voyage, c’est d’avancer et de contempler les environs. Pourtant, quelques éléments prouvent que le jeu est doté d’un scénario qui a été pensé et abouti. À chaque fin de « région » (pour ne pas appeler ça un niveau…), vous vous retrouverez devant un monument que vous activerez avec votre pouvoir. C’est alors que vous parvient une vision. Une sorte de Dieu vous apparaît, vous pouvez comprendre qu’il vous montre une fresque semblable à une carte. Pour ma part, je me suis sentie comme un bon petit pèlerin convoqué par la force suprême pour un long périple en quête de sagesse…Etonnant, non ?
Pas de parole, juste des images avec lesquelles on tente de cerner ce qu’il se passe, et le but qui doit être atteint. Mais encore une fois, ce sont nos mauvaises manières de gamer qui nous font ronchonner, car Journey ne cherche simplement qu’à faire vivre une aventure dont on est plus spectateur qu’acteur. Un aspect assez frustrant en soi, car on ne s’est pas senti assez impliqué dans ce qu’il s’est passé. Mis à part votre voyage, vous n’accomplissez pas de miracle : de gros ennemis intouchables vous feront de l’ombre sans pouvoir faire quoi que ça soit, et la dépendance aux points d’énergie pour sauter rendent impuissants.
Pourtant, une « région » vous donnera la possibilité de jouer avec cette dépendance et donne carrément une dimension plateforme au niveau. C’est dommage, ça n’aura duré qu’un court instant, et vous vous retrouverez très vite dans l’engrenage de la contemplation. C’est assez dur de réaliser qu’il aurait été possible de mettre le jeu sur le chemin de la plateforme, mais finalement il y a tellement de belles choses un peu partout qu’on se laisse facilement distraire par ce qui nous entoure…

La légèreté règne dans Journey : que ce soit dans son gameplay ou dans son histoire que je suis sans doute loin d’avoir compris ! C’est une sensation agréable qui n’est pas donné de voir dans tous les jeux d’aujourd’hui. Mais parfois, on se rend compte que cet aspect aurait pu être exploité différemment, pour donner un peu plus d’importance au fond, et non à la forme. Mais aussi fade que puisse être l’expérience gameplay et scénaristique, ce spectacle visuel sans fin réussi à époustoufler.

Pure balade romantique

Si Journey n’est pas fait pour être joué, il vaut au moins le coup pour avoir été vécu. L’équipe de Thatgamecompany s’y ai pris maladroitement pour présenter une histoire complètement floue, mais ils ont su faire une jeu plein de personnalité tant par son design visuel que sonore.

Bien sûr, avoir la bouche bée devant son écran n’est rien comparé à un paysage étranger réel qu’on peut admirer. Mais Les développeurs sont tout de même parvenus à mettre de bonnes claques graphiques avec certains procédés. Je n’arrive d’ailleurs pas encore à oublier le magnifique coucher de soleil qui m’a ébloui coup par coup alors que je faisais une descente de sable apaisante dans un monument abîmé par le temps. Mais si Journey parvient autant à impressionner, c’est parce que l’équipe a parfaitement su mettre en valeur ces véritables peintures vivantes.
Dans l’exemple de mon éblouissement évoqué un peu plus haut, la caméra s’est positionnée d’elle-même afin de tourner en plan d’ensemble : ce qui m’a fait paraître tout petit devant l’immensité de ce rayonnement solaire. Et sans scrupule, le jeu est tout simplement magnifique au niveau du travail des textures. Ainsi, le reflet du soleil sur le sable donnait l’impression qu’un millier de paillettes semblables à des étoiles venait sublimer le spectacle. Tout au long du jeu, on a affaire a de véritables oeuvres d’art animées qui mérite d’être contemplées.
Mais le travail graphique bluffant de l’équipe est vivant également grâce à l’ambiance sonore qui attribue un ton à chaque « région ». De légers violons attirent votre attention sur ce qui vous entoure et vous n’hésiterez pas à faire une halte de temps à autre pour vous délecter de ces précieux instants graphiques. Sans trop être chargés d’éléments, les différents niveaux auxquels vous serez confrontés varient de manière adroite.
C’est à dire que si on voit ça d’un point de vue technique, le sable est toujours présent (même s’il est sous forme de neige), et pourtant, les environs possèdent un caractère qui leur est propre. Par exemple, une « région » aquatique a été créée grâce aux couleurs (le bleu, le vert, le mauve) mais aussi grâce aux sons étouffés des sons qui vous font croire que vous êtes sous mer. Il n’y a qu’un seul endroit qui offrira un nouvel élément météorologique : le vent.

Journey a le mérite d’avoir eu le droit à une belle direction artistique, et ç’en est parfois à couper le souffle ! Techniquement parlant, l’exploitation avisé de certains éléments tels que le sable a été repris différemment pour offrir une belle variété de paysages. La bande son est en béton, tout comme les graphismes qui exploitent à fond les capacités de la Playstation 3. Et ça, ça fait plaisir !

Journey n’est pas un jeu, c’est une expérience visuelle et sonore qui pousse presque vers le spirituel. C’en est presque parfois flippant, mais au final, ce long périple aux paysages variés vide bien la tête pour la remplir de jolis souvenirs visuels et sonore. Mais on ne peut pas s’empêcher de regretter parfois que l’aspect plateforme n’a pas été totalement exploité. Si cette magnifique réalisation sans faille graphique ébloui, elle manque parfois d’approfondissement dans son gameplay et dans son histoire. Mais pour un jeu PSN à un peu moins de 13 €, le divertissement est au rendez-vous, et l’expérience est à tenter, bien que les gamers ardus devront passer leur chemin, ce qui fait manquer de peu à Journey la vignette « valeur sûre ». En revanche, on aurait aimé une durée de vie un peu plus sympathique : finir un jeu en deux heures avec pour seule perspective de recommencer le voyage, ça fait mal…


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