Les jeux vidéo de guerre, cela se résume souvent à du bon gros cliché assumé ou non. Que ce soit Gears of War avec ses répliques de nanard et ses gros héros musclés ou Call of Duty avec ses explosions que ne renierait pas Micheal Bay et ses héros bien américains, les jeux de guerre se resument souvent à un scénario vide où le joueur se pose très peu de questions et flingue à tout va. Lorsque j’ai essayé Spec Ops : The Line il y a deux mois, je me suis dit au début que ce jeu allait être de la même trempe que les autres, et ce malgré les discours de François Coulon, producteur du titre. Puis j’ai posé mes grosses paluches sur une manette, et là, j’ai pris une claque. Scénario travaillé, vraies idées derrière le jeu, gameplay jouissif. Je devais me rendre à l’évidence : je m’étais planté. Mais tester un jeu deux heures est une chose, le faire en entier en est une autre. Je prends alors mes armes de guerre, ma souris bien-aimée et mon clavier, et je me lance à l’assaut de Spec Ops avec beaucoup d’optimisme. Alors, Spec Ops : The Line tient-il ses promesses ?

C’est pas ma guerre !

Cela fait six mois que Dubaï a été ravagé par des tempêtes de sables d’une violence extrême. Personne ne sait ce qu’il est advenu de la cité, et un homme, le colonel Konrad, accompagné de son bataillon du 33ème, y a été envoyé pour organiser une évacuation. Et puis plus rien, jusqu’au jour où l’armée intercepte un message de secours du colonel perdu, et la Delta Force est envoyée dans la ville aux mille extravagances pour tirer les choses aux clair. La Delta Force, c’est le commandant Walker, notre héros, suivit de ses deux acolytes, Lugo le sniper, et Adams, qui est légèrement moins subtil. Le jeu commence aux portes de la ville, et nos héros ne savent pas encore ce qui les attend, mais déjà, les premiers signes de malaises apparaissent : avant-postes déserts, décors apocalyptiques, agressivité des rares survivants… Walker et son escouade ne le savent pas encore, mais ils vont vivre l’enfer en pénétrant dans la ville.

Graphiquement, le jeu est assez réussi


Jusqu’au bout de l’enfer

Les créateurs du jeu l’ont répété encore et encore : Spec Ops n’est pas un jeu de guerre qui prend la chose à la légère. Le but avoué de Yager est de créer un vrai malaise chez le joueur, le mettant face aux horreurs d’un conflit armé. La référence première du titre est le livre Heart of Darkness de Joseph Conrad (le colonel du jeu est d’ailleurs une référence évidente), et son adaptation cinématographique : Apocalypse Now. Le but est de montrer à quel point des soldats peuvent péter les plombs en temps de guerre. Montrer à quel point il est difficile pour eux de continuer à accomplir leur mission lorsque celle-ci est en contradiction avec leur éthique, et le jeu réussi assez bien à faire passer ces sentiments, notamment à travers des choix (j’y reviendrais). Tout au long du jeu, l’on sent la passion des développeurs pour les films de guerre intelligents : Platoon, Full Metal Jacket, les rois du désert, et pleins d’autres. A l’instar des héros du jeu, le joueur descend lui aussi lentement dans les enfers de Dubaï, emporté par les flammes et la poudre, et sera confronté à sa propre conscience. Pour cela, Spec Ops est un titre brillant, qui propose une histoire intelligente et surtout, intéressante à suivre.

Vous pouvez donner des ordres à vos hommes

J’aime l’odeur du napalm au petit matin

Concernant le jeu lui-même, il ne réserve aucune surprise au niveau du gameplay. Spec Ops se présente comme un TPS extrêmement classique. Un clone de Gears of Wars, en fait. Tout y est : visée à l’épaule, couverture, ruée, vous ne serez pas dépaysé si vous avez déjà joué Marcus Fénix ou Nathan Drake. Quelques subtilités viennent s’ajouter tout de même au gameplay, comme des phases d’infiltrations (à vous de décider si vous voulez vous la jouer ninja ou bourrin), ou le jeu avec le sable. Parfois, en effet, il vous sera possible de tirer sur des murs ou vitres retenant du sable, pour enterrer vos ennemis vivants. Ces phases sont scriptées, et malheureusement trop rares, mais elles ont le mérite d’exister. Il vous sera même possible de donner des ordres sommaires à vos coéquipiers (qui sont assez réactifs pour une fois), comme sniper un ennemi trop loin pour vous, ou faire le ménage à coup de grenades. De même, parfois, des tempêtes de sables viendront jouer les troubles fêtes, mais là encore, elles sont scriptées et assez rares. Concernant les graphismes, ceux-ci sont sublimes. Pour peu que vous ayez un PC assez puissant pour mettre toutes les options à fond, vous en prendrez plein la rétine. Pour les versions consoles, le jeu reste correct, mais avec un effet d’aliasing assez désagréable. Pour finir, la bande son est également assez brillante, et de nombreux morceaux rocks seventies viendront ponctuer votre aventure par le biais d’un DJ hippie qui passe des morceaux sur les hauts parleurs fatigués de la ville. Toujours sur la bande son, le doublage français est assez correct, mais préférez tout de même la VO.

Le jeu vous mettra dans des situations insoutenables

La première victime de la guerre, c’est l’innocence

Parfois, vous serez confronté à des choix, et des choix difficiles. Le jeu, sans toutefois prendre l’aspect d’un RPG, vous demandera de décider de la marche à suivre. En effet, lors d’une petite dizaine de scènes tout au long de votre partie, vous devrez choisir. Après tout, c’est normal, vous dirigez le plus haut gradé de votre groupe, qui est coupé de son commandement. Ces choix ne se feront pas par des lignes de dialogues, comme dans un Mass Effect, mais directement en phase de jeu. Par exemple, tuerez-vous ce soldat qui vous tient en joue, ou déciderez-vous de le raisonner ? Déciderez-vous d’aider un allié qui se fait torturer, ou profiterez-vous du fait que vos ennemis soient occupés pour aider des civils ? C’est au choix. A l’instar d’un The Witcher 2, aucun choix n’est le bon. Vous devrez constamment choisir le moindre mal. Parfois, il arrive même que vous ne soyez même pas conscient du fait que le jeu vous laisser décider, et vous faites ce qui vous semble le mieux sans réfléchir. Ces choix sont une bonne idée, mais il est dommage qu’ils n’aient pas d’impact sur le scénario au final. Au mieux, les choix influent sur la séquence suivante, mais rien de plus. Pour ce côté, l’on aurait aimé que le joueur soit plus impliqué.

Dois-je le descendre ou le laisser filer ?

Sa maman sait qu’il joue au Marines ?

Spec Ops : The Line n’est pas un jeu parfait, loin de là. Quelques défauts viennent gâcher un peu le tableau jusque-là plutôt brillant. Tout d’abord, le rythme du jeu est assez bancal. 90% du temps, vous flinguerez des ennemis dans des salles, puis une fois votre besogne terminée, vous passerez à la suivante. L’on aurait aimé un peu plus de phases contemplatives, histoire d’admirer les merveilles de Dubaï, reprendre son souffle, ou même développer l’histoire. Les cinématiques sont en effet assez nombreuses, et parfois le scénario vous est raconté directement par le biais de phases de jeu. Mais l’on aurait aimé plus d’histoire lors de phases directement en jeu. Spec Ops tombe trop souvent dans la facilité phase d’action/cinématiques. L’on aurait également aimé plus de variété dans le gameplay. Il y a bien des phases de rail shooter ou de snipe, par exemple, mais là encore, elles sont trop rares. Le plus dérangeant concerne les problèmes lié au scénario lui-même. Il est parfois raconté au mépris même de toute logique militaire. Je m’explique : Pourquoi l’armée envoie-t-elle seulement trois hommes sauver Dubaï alors que dans la réalité tout un escadron de secours aurait été envoyé ? Où sont les soutiens logistiques ? Pourquoi nos ordres de départs sont-ils si vagues ? Pourquoi nos soldats ne portent-ils pas de casques lourds, indispensables à l’attirail du bon soldat ? Ces défauts ne feront tiquer que ceux qui connaissent un peu le monde militaire, pour les autres, cela est mineur. Mais il est tout de même dommage que les créateurs du jeu aient sacrifié le réalisme sur l’autel du scénario. De plus, les développeurs en ont parfois trop fait dans les scènes censées vous mettre mal à l’aise. Par exemple, vous verrez souvent des gros plans sur les cadavres, ou alors une analyse trop poussée de la situation dans les dialogues de vos hommes. Il suffit parfois de suggérer les choses pour les rendre plus fortes. La fin elle-même est assez maladroite, et le scénario part un peu en sucette dans la dernière partie. le dernier point noir concerne la durée de vie du jeu solo, qui ne dépasse pas cinq heures, sans se presser.

Vous aurez la possibilité d’exécuter les ennemis à terre

Est-ce que c’est toi John Wayne ? Ou est-ce que c’est moi ?

7

/10

Note JDG

Bon


Malgré ces nombreux défauts, Spec Ops The Line est un très bon jeu. Les développeurs ont réussi avec brillo à plonger le joueur dans les horreurs de la guerre, que ce soit par le biais des choix, de nos alliés qui pètent les plombs, ou même des situations qui mettent mal à l’aise. L’on sent une réelle passion pour les films de guerre dans le soft, et cette passion transpire dans toutes les phases que contient le jeu. Ajoutez à cela de magnifiques graphismes, un gameplay classique mais agréable, une bande son du tonnerre et surtout une histoire subtile et immersive. Spec Ops est l’un des rares jeux qui vous mettra face à votre conscience, et qui vous fera vous demander : est-ce que j’aurai réellement fait cela à la place de Walker ?