Les fournisseurs d’accès à internet Orange et Free viennent de lancer leur service de cloud-gaming, permettant de jouer à des jeux vidéo sans posséder de console. Cette technologie popularisée aux USA par OnLive pourrait concurrencer sérieusement les consoles de salons, signant peut-être à long terme leur mort.

En réalité, les périphériques uniquement dédiés aux jeux ont déjà commencé à disparaître. Et Nintendo mis à part, tous les constructeurs se tournent vers les media center. Sony a en effet axé la communication pour la sortie de la PS3 autour de son lecteur Blu-ray, et Microsoft vend en ce moment les vertus de la VOD (Video on demand).
Ce constat n’est pas valable que pour cette génération de console : on considère la PS2 comme l’un des premiers lecteurs DVD abordables, et la PSP s’est surtout vendue comme un lecteur MP4 de luxe.

Les constructeurs de consoles ont donc initié leur propre chute. En offrant aux joueurs des consoles polyvalentes, ils les ont habitués à utiliser une même machine pour plusieurs utilisations. Malheureusement pour ces consoles, on trouve sur le marché d’autres périphériques bien plus polyvalents. Les smartphones, pour ne citer qu’eux, permettent aujourd’hui de faire à peu près n’importe quoi : téléphoner, écouter de la musique, se repérer dans une ville… Et jouer.

Un gros nuage passe

Et ces périphériques se démultiplient. Alors que les smartphones sont définitivement entrés dans les habitudes de consommation des acheteurs et que les tablettes s’imposent dans les foyers, le cloud-gaming arrive en France, en partie grâce aux fournisseurs d’accès à internet (FAI). Cette pratique permet de jouer à un jeu alors que celui-ci fonctionne sur des serveurs à distance. Encore émergente en France, elle se démocratise progressivement ailleurs, et notamment aux États-Unis grâce à OnLive.

Si les joueurs plébiscitent des appareils polyvalents, ils s’interrogent aussi sur la question du prix. Pourquoi acheter une console à plusieurs centaines d’euros, alors qu’ils ont accès aux même jeux (ou presque) en payant un simple abonnement ? Si OnLive n’est pas encore arrivé en France, les opérateurs internet comme Orange ont lancé leur propre offre de jeux à la demande. Pour l’instant, elle n’excite pas vraiment les gamers (jouer aux jeux Gameloft sur une télé, vous êtes sérieux ?), mais elle a le mérite de mettre en place un dispositif qui se révélera utile à l’avenir. En attendant OnLive, qui vient tout juste de sortir en Belgique.

L’exclu fait la console

Mais les consoles de jeux ne sont pas déjà mortes et enterrées, loin de là. Plus encore, elles maintiennent une vraie longueur d’avance sur le cloud-gaming. Citons tout d’abord le manque d’exclusivité propre à chacune des plate-formes de cloud-gaming. Le fan de God of War s’achètera une PS3, celui de Mario ira vers les consoles Nintendo… Pour attirer les gamers, les services de cloud-gaming devront impérativement se doter de killer-app : si Orange vise surtout les casual gamers, ce n’est pas le cas d’OnLive. Et ce dernier a beau avoir dans son catalogue des jeux comme Arkham City ou Mirror’s Edge, il n’a aucun titre exclusifs qui donnerait envie aux joueurs de ne jouer que sur OnLive.

Enfin, le cloud-gaming rencontre un obstacle purement technologique. Car accéder à des jeux qui tournent sur des serveurs à distance et non plus sur des consoles, nécessite une connexion internet de grande qualité, tant au niveau du débit que de la stabilité. Or en France, la fibre optique se démocratise tout juste, et les FAI peinent à assurer la stabilité de leur réseau (n’est-ce pas Free ?), quand ils ne cèdent pas à l’envie de brider la connexion des internautes. Les conditions optimale au développement du cloud-gaming ne devraient donc pas être réunies en France avant quelques années. Si, sur le papier du moins, il a en de quoi enterrer les console, ce n’est pas encore le cas dans la pratique.