Sur Le Point, un article bourré de stéréotypes et d’erreurs factuelles croit dénoncer le mal qui ronge notre jeunesse : le Jeu Vidéo. Mais à y regarder de plus près, il semblerait que les amateurs de jeux violents ne soient pas les seuls visés par cet article d’une écrivain de 75 ans…

« Il jouait à Warcraft, dans lequel les héros sont uniquement des tueurs. »

Difficile de choisir une citation plus éloquente qu’une autre dans l’article « jeux vidéo : permis de tuer » publié aujourd’hui sur Le Point par l’écrivain Claire Gallois. Outre la méconnaissance totale du sujet dont fait clairement preuve l’auteur (non, tous les personnages de Warcraft ne sont pas des tueurs ; non, tous les « psy et éducateurs » ne pensent pas que le jeux vidéo rendent les enfants plus agressifs et renfermés que les autres), c’est le but réel de l’article qui fait sourire.

Car les éternels tueurs en séries amateurs de jeux de guerre et de « meuporg » ne servent pas tant de victimes que d’exemples éloquents. Oui mais de quoi ? De la culpabilité des jeux vidéo ? Ou d’un gouvernement qui ne convainc pas l’auteur de ses lignes ?

Relisez l’article. Quel sujet est abordé en premier lieu ? Le duel fratricide qui ronge actuellement l’UMP. Qui est attaqué dès la deuxième ligne de l’article ? Le gouvernement  » qui ne sait même plus comment il s’appelle ». Les deux premiers paragraphes attaquent « ses reculades », « ses dérobades », ses « réformes supposées » les emplois d’avenir « (sans avenir) », le ministère de la culture et l’ignorance de sa dirigeante, Aurélie Filippetti, accusée de ne pas avoir pris connaissance du danger que représentent les jeux vidéo.

Pendant ce temps, Fillon et Copé jouent à Naughty Bear…

Suivent trois paragraphes qui décrivent avec force exemples romancés « Voyez Andy… » ; « Que ses parents appelaient « l’enfant du miracle » » les histoires des tueurs accrocs aux jeux vidéo. Le passage sur le « langage codé » des joueurs, où l’auteur a relevé des extraits de messages postés sur le forum de jeuxvideo.com est à mourir de rire :  » Même les services secrets ignorent peut-être ce langage codé ». Les parents sont décrédibilisés « un gentil papa » ; « une gentille maman », comme incapables de voir le mal qui guette leur progéniture.

Enfin, lorsque le lecteur a été suffisamment effrayé par cette nouvelle « addiction à la violence », gavé d’informations pas toujours erronées mais présentées sur un ton alarmiste, madame Gallois revient, dans son dernier paragraphe, à sa cible réelle : elle interpelle François Hollande, lui demandant de « booster un peu Aurélie Filippetti ».

Non, madame Gallois, les jeux vidéo et leurs adeptes ne serviront pas de munitions dans une attaque politique qui ne les concerne, en l’occurrence, nullement. Critiquer le pouvoir en place, poser les bonnes questions, informer les concitoyens, c’est le boulot des journalistes. Mais agiter l’épouvantail du jeu vidéo violent comme une preuve de l’incompétence du gouvernement, c’est y aller un peu fort, et faire preuve d’un manque total de pertinence. Comme on dit dans le jargon : Epic Fail.

A relire : la tribune d’Écrans de juillet 2011 : Jouer n’est pas tuer.

Des internautes s’amusent à modifier la page Wikipédia de l’auteur de l’article, malgré les corrections régulières.