Alors même que GTA V est officiellement attendu demain dans le commerce, le site français Gamekult a publié ce matin son test, à la surprise générale, prenant de vitesse Rockstar et les autres rédactions. Un très joli coup (oui, oui) qui fait surtout cogiter sur les relations entre certains éditeurs et la Presse spécialisée.

Test GK GTA V

Il était environ 7 heures, ce matin, vous émergiez tranquillement de votre douce nuit, les yeux rivés vers une nouvelle semaine ; semaine qui, si vous êtes un tant soi peu « gamer », se placera inévitablement sous le signe du jeu vidéo de 2013 : GTA V.

Dans le métro déjà, vous entendez Martine et Michel discuter de Robin, qui a réussi à « pécho » une version PS3 dans un magasin « que c’est des oufs », samedi en milieu d’après-midi ; « Au péril de sa vie » aurait-il ajouté. Comme beaucoup semble-t-il, Robin a trouvé sa version dans un bête magasin de jeux vidéo, parisien en l’occurrence. Soit. Il est maintenant 9 heures, vous arrivez alors au bureau, encore un peu assommé, vous allumez votre ordinateur, vous lancez Twitter, et là, vous découvrez que Gamekult est le premier site au monde à avoir testé GTA V.

La possibilité de récupérer un jeu un ou deux jours avant sa sortie est quelque chose de connue, d’irrémédiable, même. Aucune société au monde ne peut tout contrôler, pas même Rockstar. Comme Robin, Gamekult a récupéré le jeu samedi. Puyo, l’auteur du test, a dû jouer toute la journée, la journée de dimanche aussi, et on imagine ensuite qu’il a écrit son test dans la nuit du dimanche à lundi, pour parution ce matin.

Parlons maintenant de Rockstar. Rockstar avait choisi d’envoyer une version test à quelques médias triés sur le volet – dont Jeuxvideo.com et Gameblog.com a priori. Rien de secret, ces médias-là ne l’ont d’ailleurs pas caché – oh non ! – en écrivant même des actus pour annoncer le programme, avec horaire de test et tutti quanti. Pourquoi pas. La pratique de « deals » est plutôt habituelle dans notre industrie, même si c’est quand même beaucoup moins le cas sur les parutions de tests.

Mais habituelle ne veut pas dire forcément souhaitée. Je ne vais pas vous dresser le portrait d’une Presse tout acquise aux éditeurs, mais elle n’a quand même, généralement, que peu de latitude sur la marche des événements. Au Journal du Gamer, nous ne sommes pas dans le secret des Dieux de Rockstar. À vrai dire, nous n’avons même jamais été en contact avec l’éditeur au sujet du test, nous n’avons jamais été au courant d’une quelconque date de publication exigée, nous n’avons jamais eu entre les mains une clause de non divulgation (NDA) au sujet de GTA V. Tout juste il nous a été indiqué par l’agence qui s’occupe des envois du jeu, qu’une copie nous serait envoyée mardi, donc une arrivée estimée chez nous mercredi, et un test publié disons vendredi ou samedi. Soit six jours après les tests de JV.com et de Gameblog. Contactée par nos soins, la rédaction de Gamekult n’a eu aussi aucun contact avec Rockstar, et ne figurait pas, en dépit du fait qu’elle représente un des plus gros médias JV français, dans la liste de ceux qui ont obtenu le jeu à l’avance.

Bien entendu, Gamekult aurait pu aussi acheter le jeu samedi, et publier docilement et comme tout le monde mardi matin, date de la sortie du jeu. La rédaction en a décidé autrement. Peut-être car il en va de la vie de chaque media de trouver un espace de liberté, de mettre son contenu en avant, de « sortir » des informations avant les autres (ou plus détaillées, mieux anglés, etc.). C’est ce pour quoi vous allez sur tel ou tel site. Ce n’est pas de bonne guerre, c’est une nécessité.

Cette parution anticipée sanctionne aussi la suffisance de Rockstar, qui semble au final considérer les médias comme de simples organes de communication (et encore, seuls quelques uns), sans voix au chapitre. Alors OUI, cet épisode va peut-être dégrader encore un peu plus nos relations avec cet éditeur – qui a besoin de la Presse, sinon il se passerait aussi des gros – ; et OUI, l’on peut comprendre que JV.com ou Gameblog l’aient un peu mauvaise depuis ce matin.


Mais c’est le jeu ma pauvre Lucette. La rédaction de Gamekult a fait son taf’, a lancé un message à ses lecteurs, aux journalistes, aux éditeurs, a aussi montré que la débrouille valait parfois mieux que tout le reste. La rédaction a en plus réussi un joli coup qui va probablement booster fortement son audience aujourd’hui, et ceci, a priori, sans rogner sur la qualité habituelle de son travail.

Nous avons peut-être placé trop de confiance dans un système qui se mord la queue. Ce qui est grave, comme le montrent certains réactions outrées au sujet de la publication de Gamekult sur les réseaux sociaux, c’est que nous comptons aujourd’hui sur les éditeurs pour verrouiller nos informations les plus précieuses.

Ici, nous saluons l’initiative de Gamekult. Et nous nous questionnons plus que jamais sur un système qui a malheureusement homogénéisé la Presse et l’a emprisonnée dans de fausses certitudes ces dernières années. Parlons-en ?

[MAJ] Eurogamer.fr a également mis en ligne son test ce matin.

PS : Pour ne pas faire comme les autres, nous allons découper notre test de GTA V en plusieurs épisodes. À partir de ce soir et jusqu’à vendredi, retrouvez nos impressions tous les soirs à 18H30.