À chaque tuerie, les média s’acharnent sur les jeux vidéo. Il faut dire qu’il a méchamment la cote lorsqu’il faut expliquer l’inexplicable. Journalistes, hommes politiques, célébrités, tous s’accordent à le montrer du doigt, sans même s’interroger sur les leviers qui les poussent à systématiquement se tourner vers lui.

Après le drame de Newtown survenu vendredi 14 décembre, où 20 enfants et 6 adultes ont été abattus par une jeune homme qui s’est donné la mort, les jeux vidéo sont à nouveau incriminés. En Grande-Bretagne le Sun, un tabloïd, titre « Call of Duty : l’obsession du tueur » ; sur BFM TV, on dénonce dès vendredi soir « la culture des jeux vidéo ». Alors que l’identité du tueur est encore incertaine quelques heures auparavant et qu’une semaine plus tard, on ne sait toujours rien de son mobile.

Pour Yann Leroux, docteur en psychologie et auteur de « Les jeux vidéo, ça rend pas idiot ! » cette tendance s’explique en partie par un fossé des générations : « Les pouvoirs et les média méconnaissent totalement le jeu vidéo. Les joueurs des années 80 sont aujourd’hui âgés de 35 ans, ils ont beau être parents à leur tour, mais ils ne prennent pas encore de décisions. »

L'édition du Sun du 18 décembre titre : "Call of Duty, l'obsession du tueur".

L’édition du Sun du 18 décembre titre : « Call of Duty, l’obsession du tueur ».

En témoignent les deux articles de Claire Gallois parus sur le point début Septembre sur Le Point. Son premier billet à charge contre les jeux violent à provoqué l’ire des joueurs et des internautes, poussant l’écrivain à publier une réponse cinglante.

Un autre bel exemple d’incompréhension totale, mais surtout d’une « haine du jeune », tendance qui se répand parmi les « baby boomers » (nés après la seconde guerre mondiale et aujourd’hui au pouvoir). Dépassés par les nouvelles technologies, ils se retrouvent privés de leur rôle de transmetteurs du savoir envers une nouvelle génération qui sait mieux qu’eux dénicher toutes les informations sur internet. « Traditionnellement, lorsqu’on devenait vieux on devenait sage, mais aujourd’hui un gamin peut en remontrer à un vieux avec Wikipédia. » décrypte Yann Leroux.

Le jeu vidéo, symbole de ces jeunes affranchis de l’expérience de ses anciens mais aussi du passage de l’âge moderne à l’âge de l’information, fait donc figure de cible idéale.

S’il est essentiel de mieux comprendre pourquoi le jeu vidéo est attaqué afin de mieux le défendre, Yann Leroux insiste sur un point qui peut sembler plus étonnant. En effet, selon le psychologue, il faut, en ces périodes de polémique, réconforter les joueurs. Il conclut :

Les joueurs de FPS témoignent parfois d’une certaine culpabilité, voire d’une honte de soi. Ce sentiment que s’ils savent faire la différence entre réel et virtuel, le voisin, lui, ne la fait peut-être pas. Moi je dis qu’ils doivent être fiers de leur identité de gamer, fiers de ce qu’ils sont.