La photo qui secoue l’internet depuis plusieurs jours, c’est celle-ci : on y voit un jeune soldat de l’armée française portant un bandana sur lequel figure une tête de mort. Un geste que les média et les internautes se sont empressés de rapprocher de Ghost, un personnage issu de Call of Duty : Modern Warfare 2.

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En l’absence d’image forte ou d’avancée significative de l’opération Serval lorsque l’image parait, les journalistes et les internautes se jettent sur la polémique et la commentent sans fin. Metro France titre  » Un soldat se croit dans un jeu vidéo », Le Parisien affirme que la « cagoule » est un produit dérivé de Call of Duty !

Et pourtant, il est difficile de croire que des journalistes expérimentés ne savaient pas que la pratique est courante dans l’armée américaine, à tel point qu’on la voit reproduite au début du film Harsh Time, sorti en 2005.

En France, altérer de la sorte l’uniforme n’est pas réglementaire, comme nous l’a confirmé par téléphone le colonel Sarzeau, responsable des relations presse de l’Armée de Terre :

Les vêtements portés par les soldats sont soumis à de nombreux tests, et il est regrettable que cet équipement non autorisé soit arboré dans une opération qui n’a rien à voir avec le symbole affiché. la tête de mort représente la violence, force non maîtrisée qui est tout le contraire de l’opération Serval.

Le rapprochement avec le jeu vidéo ? On le lui a apprit en lui téléphonant, il n’en avait même jamais entendu parler. Si les soldats jouent à des jeux vidéo dans les casernes, leurs officiers seraient bien en peine de nous dire à quel jeu.

Quant à la tête de mort, si elle symbolise dans l’imaginaire collectif la violence et la fin de l’existence, elle possède également un sens bien plus ancien, liée à son apparition dans les tableaux depuis le Moyen Âge : la vanité. Le défaut est peut-être à chercher du côté des jeux vidéo eux-mêmes. Chez Infinity Ward, on se targue de l’ultra-réalisme de chaque cuvée de Call of Duty.

À tel point qu’on a peut-être perdu de vue l’essentiel : un jeu aussi documenté soit-il n’a rien à voir avec la réalité de la guerre. Le colonel Sarzeau se sent obligé de répéter ce qu’aucun joueur ni journaliste ne devrait oublier :

Sur le terrain, les conditions climatiques et l’influence du terrain ont un impact qui n’est pas mesurable lorsqu’on joue. Et vous avez bien plus de responsabilités et de décisions à prendre que devant votre écran !

Le plus surpris dans cette affaire, c’est Issouf Sanogo, le photographe à l’origine du cliché. Comme il l’a expliqué à l’AFP, le cliché n’est pas posé mais pris à la volée, alors que le jeune soldat venait de se protéger le visage du sable projeté par un hélicoptère en train d’atterrir. En attendant, l’identité du jeune homme est recherchée par les responsables de l’armée.

Je crois, et j’espère, qu’il sera impossible de l’identifier,

conclut le photographe.