Nous voici donc à l’orée de la nouvelle génération. La Xbox One de Microsoft et la PS4 de Sony sont là. Prêtes à scléroser le jeu vidéo pour une bonne demi-douzaine d’années. Au moins.

PS4Xbox One Ennui profond

Voici deux boîtes. Elles ne se ressemblent pas à première vue, mais elles sont pourtant complètement identiques. Complètement identiques dans l’idée. Complètement identiques dans la proposition initiale. Ce sont certainement les consoles les moins innovantes que ces constructeurs nous aient proposées depuis très longtemps.

Mais qu’est-ce qu’une console, au fond ? Une console c’est avant tout trois choses fondamentales :

— Une proposition, une philosophie de jeu
— Un hardware
— Un catalogue de jeux

[NDLR – Nous ne parlons pas de la Wii U dans cet article, car ses problématiques sont bien différentes. Cette console possède également de nombreux défauts, mais ils n’ont rien à voir avec ceux que je vais dépeindre ci-dessous.]

Le positionnement des nouvelles consoles est désespérément le même que celui de la génération précédente..

Le positionnement des nouvelles consoles est désespérément le même que celui de la génération précédente..

• Première caractéristique : Le positionnement

Commençons par la première caractéristique. Qu’est-ce que proposent respectivement la Xbox One et la PS4 ?

Principalement la même chose, en fait. Nous avons deux consoles grand public, créées pour faire tourner des jeux grand public. Les spécificités de positionnement sont :

– Une Xbox One qui fait office de media center, à l’instar de nos box ADSL actuelles.

Aux États-Unis, ce positionnement peut avoir du sens étant donné l’offre internet assez pauvre qui est proposée aux Américains. En France, les offres dites « triple play » sont extrêmement courantes et ont déjà pris la place du media center dans le salon du plus grand nombre. Il n’y a pas de raison que cela change.

– Une PS4 qui prend le contrepied du positionnement de Microsoft en proposant une console axée uniquement sur le jeu.

Quand une société prend un positionnement contraire à celle de son principal concurrent, vous pouvez être sûr que les innovations de service et de gameplay ne seront pas nécessairement la priorité. Le positionnement de Sony est donc celui du statu quo.

Vous comprendrez donc aisément qu’entre des services dont nous n’avons pas besoin et un positionnement prudent, cette génération de consoles ne part pas avec le même élan que la précédente. L’innovation la plus notable sera, finalement, les fonctions sociales des deux consoles. Il est en effet plus facile de créer des communautés de jeux et de partager ses expériences de jeu en ligne. Notamment grâce aux fonctionnalités de stream sur Twitch ou Ustream (qui engendrent d’ores et déjà des dérives). Simplement, ces fonctionnalités de jeu ont beau être intéressantes, elles sont déjà « hors du jeu ». Il s’agit d’à-côtés sympathiques, mais qui n’ont rien d’essentiels.

Pourtant, il y a quelques mois, Microsoft a failli proposer quelque chose de nouveau, de neuf, une autre manière de consommer le jeu vidéo. La communication désastreuse de l’entreprise et certains choix discutables concernant la politique online de l’entreprise ont pourtant eu raison des nombreuses bonnes idées qui auraient pu débouler dans nos consoles sur cette génération. Il aurait été intéressant d’avoir accès à tout son catalogue depuis n’importe quelle console en se connectant à son compte. De la même manière, la proposition sur le prêt des jeux dématérialisés n’était pas parfaite, mais était loin d’être une mauvaise idée. Plutôt que de corriger ses erreurs, Microsoft a préféré jeter le bébé avec l’eau du bain devant l’ire des joueurs et de la presse spécialisée.

Il n'y a rien d'incroyable dans les périphériques proposés par ces nouvelles machines.

Il n’y a rien d’incroyable dans les périphériques proposés par ces nouvelles machines.

• Seconde caractéristique : Le matériel.

Les manettes sont — le trackpad pour l’instant inutile de la PS4 mis à part — strictement les mêmes. Une paire de joysticks, une croix directionnelle, 4 boutons principaux, 2 boutons de tranche, 2 gâchettes, le trio de boutons START – SELECT – Home. La manette classique que Sony et Microsoft utilisent depuis le début de leurs existences respectives.

Quant aux graphismes, ils sont un peu meilleurs que la génération précédente, certes. Toutefois, la claque graphique n’est pas au rendez-vous. En fait, il faut bien comprendre qu’elle ne sera plus jamais au rendez-vous. Les jeux ont atteint un tel niveau de finesse, que les « wow effects » ne se font plus dans le nombre de polygones — n’en déplaise à David Cage — mais dans la direction artistique. On a besoin de plus d’artistes et moins d’ingénieurs.

De plus, vous n’impressionnerez jamais un joueur PC qui possède une bonne machine avec une Xbox One ou une PS4. Ils jouent aujourd’hui à peu près dans la même cour que le PC. Dans très peu de temps, la Xbox One et la PS4 seront déjà techniquement dépassées.

Ces consoles manquent cruellement d’une feature qui ajoute une dimension au game design. Qui puisse apporter de l’innovation dans le gameplay des jeux. La Xbox One et la PS4 ne font que perpétrer la continuité de tout ce qui a été fait jusqu’à présent.

Le nombre de jeux prévus en vraie exclusivité d'une des nouvelles consoles est risible.

Le nombre de jeux prévus en vraie exclusivité d’une des nouvelles consoles est risible.

• Troisième caractéristique : Le catalogue de jeu.

Inutile de vous refaire la leçon sur les line-up. Ils ne valent pas le coup. On le sait, vous le savez et on vous le répète. Aucun jeu, ni dans une paroisse ni dans l’autre, ne vaut les 400 ou les 500 brouzoufs qu’on vous demandera de débourser pour passer le pas de la next-gen. En réalité, le constat est encore plus triste si on regarde sur le moyen terme.

Ces derniers mois ont été annoncés les jeux qui allaient bénéficier d’une sortie sur ces nouvelles consoles en dehors du line-up. Si l’on regarde les 45 titres les plus notables qui sortiront l’année prochaine voire l’année d’après, on se rend compte qu’il n’existe aucune réelle exclusivité à l’une ou à l’autre console.

Liste non exhaustive des jeux prévus sur PS4 et Xbox One

Liste non exhaustive des jeux prévus sur PS4 et Xbox One

Seuls 7 jeux — dont certains sont encore en plein développement, sans qu’aucune image de gameplay n’ait été montrée — sont de réelles exclusivités. Il s’agit d’inFamous : Second Son (PS4), de Kinect Sports Rivals (XBO), Sunset Overdrive (XBO), DriveClub (PS4), Halo 5 (XBO), Quantum Break (XBO) et Uncharted 4 (PS4). Tous les autres titres ne sont pas réellement des exclusivités, quand bien même elles sont parfois présentées comme telles. Il n’est pas rare de voir de nombreux jeux sortir sur toutes les plateformes (Watch Dogs, The Elder Scrolls Online). Enfin, de nombreux jeux qui sortiront dans les prochains mois ne sont que des rééditions de jeux déjà sortis sur la génération précédente de machine. La rétroactivité ayant été supprimée sur ces deux nouvelles consoles, il s’agit d’un moyen comme un autre de vous faire racheter les jeux que vous possédez déjà.

Ce qu’il faut retenir de ce tableau, c’est qu’avec un bon PC et une Xbox 360, vous pouvez faire tourner 40 des 48 prochaines grosses sorties. Soit toutes, sauf 8. Et encore, le FIFA 15 et le Call of Duty annuel n’y figurent même pas.

Chaplin Conclusion

Cette génération n’est qu’un prolongement de la précédente. Rien ne semble présager de grosses nouveautés dans les titres qui seront proposés, ni dans la façon de jouer aux jeux vidéo. Malheureusement, si on veut voir un peu d’innovation dans l’industrie, il est certainement plus sage de se tourner vers le PC, ou peut-être vers les Steam Machines.

Mais que voulez-vous ? Après tout, c’est peut-être ce que les joueurs ont toujours voulu ? Si on jette un coup d’œil au line-up des deux consoles, on trouve en très grande majorité : des jeux de courses automobiles, des jeux de sports, des FPS, des suites ou des adaptations de licence à succès. Bref, ce line-up est le line-up de la non-prise de risque. Le line-up du mainstream. Sa vraie cible n’est ni le joueur occasionnel (qui joue davantage sur Facebook, sur mobile, voire sur 3DS), ni le joueur hardcore, mais bien le joueur du dimanche. Celui qui se met devant le canapé le week-end pour jouer à FIFA ou à Forza.

Il est à mi-chemin entre le joueur occasionnel et le joueur hardcore. Il joue uniquement pour le plaisir de jouer, de temps à autre, sans se prendre la tête. Il ne lit pas la presse spécialisée. Il se tient uniquement au courant de la sortie des quelques licences qui l’intéressent, souvent les plus médiatisées. Le choix de ses jeux correspond souvent à des loisirs qu’il aurait pu avoir en dehors du jeu vidéo. En réalité, le jeu vidéo n’est que le prolongement de ses loisirs populaires, comme le sport ou le sport automobile.

La Xbox One et la PS4 visent ce public-là. Il s’agit peut-être des consoles les plus démocratiques, possédant les jeux les plus consensuels. Inutile donc de chercher de l’innovation dans ces machines qui ne visent qu’à plaire au plus grand nombre

Si les constructeurs étaient honnêtes avec leurs consoles, ils la vendraient avec une petite plaque, sur laquelle serait gravé : « Joueurs avertis qui entrez dans cette génération, abandonnez toute espérance ». Car il est à craindre que rien ne change et que cette génération sonne comme une redite de la précédente.

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